Certes, les temps sont durs pour les collectivités locales, obligées de faire face à un recul sans précédent des dotations d'état. Une austérité venue d'en haut d'autant plus injuste qu'elle frappe sans distinctions les territoires. Même régime (sec) pour Charleville et les Ardennes que pour Neuilly et les Hauts-de-Seine !

Sauf à augmenter les impôts, il faut donc faire des économies.

En attendant une éventuelle révolution (je pense à un de mes amis du Front de Gauche de Charleville qui plaide avec des arguments qui ne sont pas à balayer d'un simple revers de la main, pour la suppression des zones franches) ou à un retournement sérieux de la conjoncture.

Faire des économies, donc. Mais dans quels secteurs ?

Ou, dit autrement, quels budgets préserver de cette cure forcée d'amaigrissement ?

Débat vraiment politique dans le meilleur sens du terme. Or, j'apprends que la Communauté d'agglo-Charleville-Sedan vient de décider de baisser le budget de la médiathèque Voyelles de Charleville. Globalement, c'est peu, de l'ordre de 3%. Mais ce qui est inquiétant, c'est que l'on explique que c'est la ligne affectée aux acquisitions qui va morfler de plus de 33%, avec 45 000 euros de moins pour renouveler et moderniser les rayons en livres, CD et DVD.

C'est dommage, c'est même inquiétant. Une médiathèque qui ne renouvelle pas son offre, c'est comme un cinéma qui en 2015 continuerait de programmer des films sortis il y déjà un an.

Un vice-président par ailleurs historien et enseignant m'expliquait hier que ce sont les abonnements (de presse) qui allaient être mutualisés (je sais ce que ce mot veut dire dans le privé ! ; et en l'espèce, je ne vois pas comment on peut mutualiser la lecture d'un magazine d'actualité entre plusieurs sites ?) et que serait aussi et surtout touché le fonds patrimonial (mais sur ce point, il me semblait que les acquisitions de livres bibliophiliques ou les manuscrits bénéficiaient, dans le passé en tout cas, de lignes de crédit exceptionnelles quand l'occasion se présentait, en cours d'année, d'acheter telle pièce rare).

Plus globalement, la politique étant aussi affaire de symboles, cette décision n'envoie pas un signal très encourageant dans une ville qui par ailleurs veut faire de Rimbaud, du livre et de la poésie des axes majeurs.

Pas très cohérent non plus, ce signal, quand on veut par ailleurs faire de Charleville une ville universitaire !

Enfin, plutôt contradictoire après s'être félicité du sauvetage de la librairie Rimbaud il y a quelques mois. Non seulement parce que les bibliothèques sont potentiellement des marchés pour les acteurs privés du "livre" (quand des consortiums ne viennent pas rafler la mise). Mais parce qu'un jeune ou moins jeune a fréquenté la médiathèque et y a trouvé une offre de qualité, il devient forcément un client potentiel d'un commerce spécialisé !

Sur le plan national comme ici, au niveau local, j'ai peur qu'on ne sache pas ou plus que la culture n'est pas seulement une affaire d'événements, fussent-ils réussis. Ou d'infrastructures. Ce doit être une politique globale : des équipements (musées, salles de spectacles, bibliothèques), des événements (festivals, expositions) mais aussi et peut-être surtout, une action au quotidien de médiation à destination de tous les publics, de diffusion, de pédagogie. La culture, par ailleurs vecteur de développement économique et touristique, ce doit être un facteur de cohésion sociale au sens plein du terme, tandis que le Premier ministre évoquait il y a quelque temps des "apartheids" au sein même du pays.

Et je le dis sans volonté de polémiquer : à Charleville, je ne vois pas pour l'heure que cette politique si elle existe soit bien lisible.

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Remarques annexes pour terminer :

- la remise à plat du projet de salle pour les musiques actuelles (je n'aime pas ce mot, d'ailleurs, mais c'est un autre débat) peut se comprendre, et pas seulement pour des raisons budgétaires. Mais là encore, il y a un autre souci : comment fera-t-on vivre cet équipement, comment sera-t-il inclus dans un vrai projet de diffusion et de médiation via et au service de la musique et de toutes les populations ?

- encore un mot sur Voyelles : des trésors y sont stockés. Anciens ou contemporains. Je pense à la donation des archives du poète ardennais André Velter. Pourquoi ne pas les mettre davantage en valeur ? Ah, une suggestion. Il y a bien un ambassadeur du sport. Pourquoi pas un poste d'ambassadeur de la poésie ? Abysse, ça lui irait comme un gant.