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Belle idée de Canal+ que de rediffuser, cinq soirs durant, avant Marseille-Paris de dimanche, cinq OM-PSG de ces trente dernières années.

Celui d'hier soir datait de 1993, quelques jours après la victoire phocéenne en coupe d'Europe (et quelque temps avant que n'éclate l'affaire VA-OM et la descente aux enfers sportivo-judiciaire de l'OM version Tapie). Une folie. Un match qui n'aurait jamais dû aller à son terme. L'arbitre aurait pu distribuer au moins six cartons rouges (des joueurs littéralement surexcités). Et dans les tribunes, des incidents (euphémisme) qui auraient justifié qu'on arrêtât le match sur le champ (des fumigènes tirés à bout portant venant s'écraser sur la pelouse au milieu des joueurs ou dans les gradins des supporters adverses).

Plus tôt dans la semaine, on avait vu les éditions de 1986 et 1989. Moins violents, presque charmants car déjà si désuets avec des publicités encore peintes à la main, des shorts dont on ne voudrait plus même pour tondre un jardin, un entraîneur adjoint venant conseiller derrière les filets le joueur (Jeannol) qui avait remplacé Bats (blessé) dans les buts... Et un football encore naïf ou presque commenté par des Biétry ou Denisot qui ne passaient pas leur temps à s'interroger gravement sur le système en losange de tel entraîneur ou à nous abreuver de stats.

De quoi patienter avant le Marseille-PSG de dimanche. Car pour le reste, les entraînements ayant lieu à huis-clos (on ne voit guère que les Ferrari et les coupé Mercedes des joueurs dans les reportages télé), pas la peine de s'échiner à vouloir en savoir plus... J'espère que l'OM va réussir cette saison. Bielsa est un magicien. Il réussit des miracles avec une équipe qui se traînait l'année passée. Cet OM-là est plein d'allant, presque naïf, mais agréable à souhait. Et quiconque a fait le pèlerinage au Vélodrome sait que c'est un lieu magique. Quand on s'y comporte en supporter, évidemment. Et qu'on va refaire le match en fin de soirée en buvant un vin de Cassis en terrasse sur le Vieux Port...

Un classico version L1 qui nous fera oublier la pitoyable semaine post-électorale, où l'on a vu une majorité de départements se donner des présidents de droite et du centre (élus pour beaucoup grâce aux électeurs de gauche orphelins) pendant que la majorité gouvernementale réduite à sa simple expression se bornait à persister et signer via Manuel Valls qui aurait pu plagier Alain Juppé : "Droit dans ses bottes". Toujours est-il que la gauche est plus divisée que jamais, le FN plus aux aguets que jamais (admettons qu'il progresse, sinon en voix, au moins en pourcentage des exprimés, le fait qu'il n'ait pas conquis de département n'étant pas essentiel). Qui aurait pensé il y a encore cinq ou dix ans que des cantons de la Marne ou de l'Aisne éliraient des conseillers FN ? Mais les plus comiques demeurent les écolos, en tout cas ceux qui défilent sur les plateaux de télé, qui ne représentent guère qu'eux-mêmes, et dont on nous explique qu'ils se déchirent pour savoir s'il faut ou non qu'ils retrouvent des maroquins ! A hurler. De rire ? De rage ?

Ne pas oublier René Rémond

Je souscris aux thèses en vigueur qui nous prédisent une sorte tripartisme bientôt installé dans ce pays (en dépit d'un mode de scrutin qui semble contradictoire), mais faut-il en préciser les contours. Disons une droite très à droite (FN + une partie de l'UMP), un centre élargi social-démocrate-modéré plus ou moins libéral (une partie du centre actuel, une partie de l'UMP, une partie du PS et de ses alliés verts et PRG) et une gauche... de gauche (une partie du PS, une partie du Front de gauche, une partie des écolos). J'écris "une partie de" parce que ce genre de recomposition fait toujours des orphelins.

Soit dit en passant, je suis surpris d'entendre ou de lire bien des commentaires erronés à propos de la droite. Ou oublie trop qu'il y a toujours eu plusieurs droites en France. Il faut relire René Rémond. Une droite qui sait s'unir pour sauver ses prés carrés (on l'a vu aux cantonales). Et qui saura sans doute s'unir pour revenir aux affaires. Mais cela n'empêchera pas qu'elle charrie autant de contradictions en son sein (héritiers du bonapartisme, du libéralisme, de l'orléanisme, du gaullisme, des démocrates chrétiens etc.) que la gauche (à la différence près que le PS n'a pas fait son Bad Godesberg).

Cumul et calculs

Enfin bref. Le plus triste, c'est que pour l'heure, rien ne semble à même de contrarier l'inexorable enracinement du FN, ou plutôt des FN. Car on ne vote pas Le Pen pour les mêmes raisons dans la montage de Reims que dans les campagnes de Thiérache, dans les villes ouvrières que dans les quartiers dits sensibles, et désormais, dans les communes péri-urbaines : dans les Ardennes, quand on pense que le FN fait plus de 30 à La Francheville ou Prix, bigre !

Bon. C'est tout. Ah non. J'oubliais. Benoît Huré est donc réélu président du conseil désormais départemental des Ardennes. Et toujours sénateur. J'ai regardé sa fiche sur le site du sénat (à lire ici).. Qui prouve qu'on ne peut pas décemment cumuler des fonctions de ce niveau. Or, comme d'autres, à gauche aussi bien sûr, je sais pourquoi il le fait. Non par avidité ou goût des lambris. Mais parce que ça ouvre des portes, permet de soigner un réseau, ça aide à faire remonter des dossiers en haut d'une pile. C'est ça, le malheur français. Huré cumule pour être plus efficace. Pas pour être législateur ou pour contrôler le gouvernement. Il cumule par défaut, si j'ose dire. Comme le font aussi des maires qui se font bombarder dans les exécutifs des intercos ou au conseil départemental. Cela permet d'être plus efficace dans son premier mandat. C'est le drame français. Et ce que je dis là, c'est pas de l'idéologie. Philippe Seguin le disait déjà. Cela étant, espérons que M. Huré réussisse et à tout le moins, qu'il n'oublie pas que baucoup dans sa majorité ont fait des scores élevés car des voix de gauche les ont aidés à battre des binômes FN. Je ne reviens plus, en revanche, sur l'effarante déroute de la gauche ardennaise. Dans mon canton, trois binômes de gauche, trois fois 12%. Les deux binmesô autres, Droite et FN, sont allés seuls en finale !